Jupiler Pro League : bientôt le décapstulage !

Le weekend prochain, notre championnat footballistique domestique, la pétillante Jupiler PRO League, reprendra ses droits.

Dans l’optique de ce coup d’envoi tant attendu et partant, du retour en force sur les gazons des ex-futures stars et autres vieilles gloires, c’est sans doute l’occasion d’un petit tour du       propriétaire et même de s’adonner à l’art boiteux du pronostic.

A ce propos, vous constaterez donc que la liste des clup’  (comme dirait le regretté Filipo Gaone -bien qu’il ne soit pas mort-) ci-dessus n’est pas le fruit du hasard, des matricules ou des préférences de votre serviteur -loin s’en faut- mais bien d’un véritable pronostic émanant de ce même serviteur (de la cause footballistique), eu égard aux noyaux et matchs de préparations de nos cercles de la division suprême.

Indiquons d’emblée que ce pronostic a été réalisé en tenant compte des noyaux actuels des clubs, alors que l’un ou l’autre gros poisson pourrait être amener à arriver ou quitter ces clubs, qui plus est depuis que le sporting d’Anderlecht a appris qu’il ne disputera aucune compétition européenne cette année.

Indiquons également qu’il y aura pas moins de quatre descendants directs cette saison, afin de repartir à 16 lors de l’exercice 2009-2010.

A ce propos, ce qui n’est assurément pas bon pour les clubs le sera probablement pour le spectateur, puisque les places seront chères pour demeurer dans la JPL.

1) FC BRUGES

Alors qu’aucun joueur d’importance n’a quitté le navire (regrettons tout de même le départ de la plus belle gueule de la D1 : Sven Vermant) , le Club enregistre des arrivées très intéressantes avec le redoutable ailier marocain Nabil Dirar (Westerlo), le petit venezuélien star en son pays Alejandro Vargas, le rugueux (et olympique) Laurent Ciman et surtout le meilleur buteur du défunt championnat Joseph Akpala (Charleroi). A noter également l’arrivée d’un jeune talent nommé Jared Jeffrey, en provenance des séries américaines, et plus précisément de Dallas.

De plus, après plusieurs saisons sans titre pour le FCB, on peut s’attendre à un sursaut d’orgueil de la part des troupes du charismatique et ami de la RTBF Jacky Mathijsen.

Avec cette belle équipe (n’oublions pas Karel Geraerts et le revenant Elrio Van Heerden) et la stabilité du club, on peut penser que le Club a les moyens de ses ambitions. Je les vois bien champion !

2) ANDERLECHT

Peut-être éliminé de toute coupe d’Europe à l’heure où vous lirez ces lignes, le sporting bruxellois n’enregistre pas non plus, à l’heure actuelle, de départ majeur, si ce n’est celui peut-être de l’attachant Ahmed Hassan (retour en Egypte) bien qu’il était souvent sur le banc à la fin de son contrat.

Par contre, rayon arrivée, faute de départ important, les joueurs qui ont débarqué feront plutôt office de second couteau, profitant par exemple des blessures à répétition de la jambe de cristalle argentine Nicolas Frutos. C’est le cas du brésilien Kanu (volontaire et parfois spectaculaire lors du match contre Borisov, sans être convaincant) et de l’argentin Suarez (qui a laissé apercevoir de belles choses, lors des dix minutes jouées contre les biélorusses, étant à la base de ce qui aurait dû être l’égalisation sans un arrêt involontaire du portier soviétique). Trois nouveaux joueurs devraient être titulaires : le néerlandais Kruiswijk en défense centrale, le serbe Rnic à la place de Wasilewski (tant celui-ci fut désavoué par son coach après sa désastreuse prestation en coupe d’Europe) et l’argentin Hernan Losada (en milieu offensif), quoique je n’en sois pas persuadé pour le dernier nommé.

Par contre, étroitesse d’esprit du coach oblige, il faut s’attendre à ce que le jeune et talentueux Roland Lamah (de retour d’un prêt très convaincant à Roda) doive laisser sa place (de milieu gauche) au vieux Bart Goor, voire à un autre coéquipier, Goor étant déplacé (comme contre Borisov) à l’arrière gauche. Ceci dit, osons imaginer que Jacobs ne réitera pas l’expérience désastreuse de ce match contre BATE et replacera un arrière gauche de formation (Oli Descacht, faute de mieux) à ce poste. Mais, Goor ayant été étonnament nommé capitaine pour cette saison (un capitaine sans caractère, voilà qui est bien) , il faut s’attendre à ce qu’il soit sur le terrain.

Assurément revanchard suite à l’absence de toute compet’ européenne, le Sporting se doit d’être champion, mais la fébrilité de certains éléments importants, la légèreté des substitutes, et un certain déséquilibre qu’on a pu apercevoir dans l’équipe en ce début de saison risque d’anéantir les ambitions de titre du côté d’Anderlecht.

3) STANDARD

Le club liégeois est étonnement stable depuis deux ans. Aucun des titulaires de l’an dernier n’a quitté le club mais le départ de Michel Preud’Homme est assurément une grosse perte; quoiqu’on doit attendre de voir ce que va faire Laslo Boloni.

Rayons arrivées, seule celle de Dalmat (Mons) apportera un vrai plus à l’équipe, les autres n’étant (sauf surprise) que de seconds couteaux (Nicaise, Mehmet Sarper, Mikulic, Benko). Rayon départ, on peut probablement s’attendre à celui de Jovanovic, mais la paire De Camargo-Mbokani aura toujours fière allure.

Sûr de lui et attendu au tournant, je ne vois pas le Standard rééditer son exploit de la saison passée.

4) LA GANTOISE

Quelques bons transfert (dont Sorokin, le virevoltant ailier russe actif l’an dernier au FC Brussels, et Adriano Duarte de Mons) et un retour de prêt convaincant (Nfor, grand artisans de la montée de Courtrai en D1), mais surtout l’acquisition d’un “winner-coach” (l’expression est d’un joueur) en la personne de Michel Preud’Homme) et la présence de Brian Ruiz.

Mais, malgré cela, je crois que le KAA Gent ne s’est pas assez renforcé que pour briguer une place sur le podium et que MPH n’y changera rien.

5) GBA

Le club anversois a fait un super mercato. Il y a Marco Né (l’ancien de Beveren, parti entre temps à Olympiacos), le très talentueux Faris Haroun (Genk), et surtout le très classe et principal animateur de la dernière finale de la Coupe de Belgique Khalilou Fadiga (Gand). Mais c’est surtout en attaque que le club de la Métropole a dépensé sans compter : Muyaneza (Dender), Kpaka (Roulers) et Kevin Vandenbergh (Utrecht).

Inutile que les rats afficheront une attaque assez impressionnante, puisque le presque meilleur buteur du défunt championnat, Malki, briguera aussi l’un des deux postes d’avant-centre.

Indiquons néanmoins que les argentins Colman et Losada sont partis tentés leur chance ailleurs.

En somme, je vois le GBA juste en dessous des tout meilleur de la division et je crains que l’opulence d’attaquants nuisent à l’ambiance de l’équipe puisqu’il ne fait aucun doute que certains n’accepteront pas de se retrouver sur le banc.

6) GENK

Un club habitué au sommet du championnat mais qui a connu une saison ratée l’an dernier; raison pour laquelle on peut penser qu’ils auront une faim de victoire.

Le club limbourgeois s’est sans doute donné le moyen de ses ambitions en transférant de bons joueurs internationaux (Tozser, Nemec, Pudil) et l’excellent défenseur de Lokeren joâo Carlos (le gros coup du mercato) mais je ne les vois pas concurrencer réellement les trois grands clubs et les deux outsiders que sont le GBA et la Gantoise. Mais j’avoue avoir hésité à les placer quatrième.

7) CHARLEROI

une grosse perte en attaque (Akpala), une moindre perte en milieu de terrain (Christ) et une en défense (Ciman).

Mais, plutôt de se contenter de remplacer les joueurs partis, le Sporting zébré s’est sur le papier bien renforcé avec l’acquisition de la division offensive de l’équipe marocaine qui a terminé à la quatrième place du championnat du monde under 20 aux Pays-Bas en 2005, à savoir Yajour, Bendamou et surtout Benjelloun (longtemps convoité par le RSCA).

Voilà qui promet du beau spectacle et probablement de bons résultats du côté du Mambourg, d’autant plus que le Sporting récupère Habib Habibou (retour de prêt très convaincant au Steua Bucarest) et a acquis David Vandenbrouck (grand artisan de la montée de Tubize en D1).

On peut aussi penser que çà va être la bousculade en attaque entre Cyril Théréau, Habibou et Benjelloun (pas venu pour cirer la banquette) et que çà pourrait nuire à l’équipe.

8) CERCLE

Calme plat au Cercle. Aucun départ important (quoique De Sutter reste convoité par plusieurs grosses écuries) mais une arrivée assez étonnante (Thomas Buffel).

Gageons que le petit frère du Club fera une bonne saison mais ne pourra pas, comme l’an dernier, profiter de la faiblesse des autres, et pas non plus profiter de l’effet de suprise.

9) MALINES

Bon mercato aussi pour le Kavé avec les arrivées du meilleur joueur du Brussels (Julien Gorius) et celle du jeune attaquant international espoir louviérois (cocorico !) du FC Utrecht Giuseppe Rossini.

Mais le grand fait d’arme des malinois reste d’avoir conservé leur attaquant vedette Aloys Nong et des joueurs importants comme Nana Asara et Olivier Renard.

10) MONS

La falange montoise semble s’être bien équilibrée en se séparant de joueurs en fin de cycle (Dare Nibombe, Adriano Duarte, Dalmat et Nicaise) et en faisant l’acquisition de joueurs revanchards issu de la D2 (Jarju, Van der Zijl, De Pauw, Buysens), de la filière française (Cédric Collet et David Fleurival) et de la filière du Brussels (le club a livré pour une croute de pain ses meilleurs éléments au cercle de D1) Moussa Gueye.

A noter qu’on annonce la possible arrivée de Mounir Diane, l’attaquant marocain sur lequel le RC Lens ne compte plus.

Les matchs de préparation (victoire contre le FC Bruges et Lens notamment), la conservation de Dahmane et Cordaro et l’acquisiton d’un coach lui aussi revanchard Philippe Saint-Jean laisse augurer une bonne saison pour l’Albert.

11) MOUSCRON

J’avoue ne pas connaître grand chose des nouvelles acquisitions de l’Excel, si ce n’est Christophe Lepoint (Tubize) et El Araïchi (Roulers). Attention tout de même à l’attaquant bahrénien d’origine nigerianne Jaycee John Akwani dont on dit le plus grand bien…et qui est cette perle noire annoncé par l’ex-président mouscronnois dès le mois de juin.

Rayon départ, seul le départ Bertin Tomou (international camerounais tout de même) pour Westerlo semble être une perte d’importance, quoiqu’il n’était pas toujours titulaire depuis son retour de la CAN.

12) ZULTE

Mise à part Steve Colpaert, l’ex-sobre défenseur du FC Brussels, le club flandrien n’a engagé que d’illustres inconnus.

Toutefois, on épinglera que Zulte conserve son attaquant vedette sénégalais Leye.

Tout cela laisse augurer une saison moyenne pour les sociétaires du stade arc-en-ciel.

13) WESTERLO

Seule les arrivées de Bertin Tomou (Mouscron) et de Sergio Hellings (ex-grand talent du Sporting d’Anderlecht, en provenance de Leicester City) sont à mettre en évidence.

Westerlo est certes connu pour sa stabilité légendaire, raison pour laquelle je le vois échappé aux affres de la relégation, mais pas faire beaucoup mieux.

14) DENDER

Arrivée de quelques joueurs moyens de Jupiler Legue (Bart Vand den Eede, Michaël Wiggers, Alexandre Martinovic) et d’un des meilleurs éléments de l’anti-chambre, Christophe Copel (Namur).

A noter également que l’excellent attaquant de poche Norman Sylla se retrouve orphelin de sa compagnon Henri Munyaneza (GBA).

Je vois donc le petit club flamand, fort de son expérience d’une première saison finalement réussie, sauver sa peau mais de toute justesse.

15) TUBIZE

On est heureux de voir apparaitre le club brabançon en Jupiler PRO League mais on ne sera pas étonné de les voir redescendre de si tôt.

Le club a perdu les éléments centraux de son équipe victorieuse du tour final (David Vandenbroucke, Christophe Lepoint,…) et n’a acquis qu’assez peu de joueurs pouvant apportés une plus value à l’équipe.

On note toutefois les arrivées de l’ex-grand talent du FCB (entre temps parti tenter sa chance en Turquie) Jason Vandelanoitte, de l’attaquant français (en location il y a deux ans au Sporting Charleroi) Jeremy Perbet (Strasbourg) et du capitaine historique du FC Brussels Captain Haydock.

Parait-il également que les deux brésiliens enrolés au mercato valent la peine d’être vu et on peut également penser que l’un ou l’autre des jeunes joueurs à l’expérience minime du plus haut niveau (Julien Pinelli, Vito Villano) montreront le bout de leur nez.

Pour conclure, rappellons que la fallange brabançonne sera coachée par l’excellent Albert Cartier, ce qui me fait, je le reconnais, douter quant à la place à attribuer à cette équipe dans ce pronostic. Je doute en effet que le technicien français soit débarqué dans ce club, sans être convaincu que l’équipe pourra sauver sa peau en D1.

16) LOKEREN

Aucune arrivée a priori intéressante mais surtout un départ qui laissera un gros vide, celui de Joao Carlos à Lokeren. Avec ou sans ce vieux roublard de Georges Leekens, je crois que Lokeren va connaître une saison très difficile

17) ROULERS

Un mercato plantureux (une vingtaine d’arrivée et quasiment autant de départ !), un manager parti quelques temps après avoir débarqué, et une saison anonyme comme antécédent, je crois que Roulers sera un descendant certain cette saison.

18) COURTRAI

Un recrutement d’illustres inconnus (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura rien de bon là-dedans) et le départ de Nfor, je pense que le KVK sera trop court pour la Jupiler Pro League.

août 12, 2008. Uncategorized. Laisser un commentaire.

Un peu comme un A.T. #2

Faute de temps et de connexion internet, je n’ai pas pu continuer à me confier à la Toile dans le courant de la défunte semaine. Je dois franchement le regretter parce qu’il en avaient bien des choses à dire. Puisque je suis résolu à devoir parler de cette semaine passée à l’abbaye de Chimay a posterori, je dirais que j’ai fait là une formidable expérience humaine : j’y ai rencontré de nombreuses personnes intéressantes aux profils très différents et j’ai apprécié à sa juste valeur le calme, la spiritualité (au sens premier du terme) et la réflexion qui règnent en maître en ces lieux.

J’ai eu l’occasion aussi de revoir quelque peu mes a priori que je vous avais confié en direct dès dimanche soir.

Premièrement, on m’a dit que l’abbaye tirait sa richesse exclusivement sur la vente des célèbre fromages et bières locales. Par conséquent, aux lecteurs indignés -l’un d’eux s’est déjà dénoncé !-  et aux autres, je devrais peut-être concéder le retrait de ma tirade sur l’origine parfois peu glorieuse des richesses monastiques.

Deuxièmement, malgré que mon propos avait quelque chose d’humoristique, je dois bien dire que finalement il ne faut pas s’étonner et partant s’indigner de voir un moine négro africain à la vaisselle dans cette abbaye puisque pas moins de six moines sur une vingtaine sont noirs; constituant exclusivement le contingent monastique local de moins de 60 ans (peut-être plus). Il était donc statistiquement probable que cette tâche ingrate de vaisselier soit attribué à un frère africain; d’autant plus qu’il est tout aussi probable que les moines de plus de 60 ans (c’est-à-dire tous les moines autochtones)  soient exonérés de ce genre de service.

Pour en revenir à mon vague projet de modifier la programmation musicale locale, j’ai vite enterré le projet, voulant plutôt consacré le temps à ma disposition pour étudier. mes petits camarades étudiants habitués des lieux me confirmant qu’il serait quasiment impossible d’infléchir les traditions locales en la matière.

Quant au père hôtelier, il continue de croire que je suis un grand amateur de “musique moderne” (entendez ce courant musical classique de la première moitié du XIXème siècle; cf.infra) et m’a offert la collection complète de toutes les cassettes ayant bénéficiées d’une écoute attentive pendant les repas au monastère depuis quelques années. Avis aux amateurs, même si je compte en garder quelques-unes pour moi, j’en ai tout de même des dizaines à donner au plus gentil (et non au plus offrant-çà c’est l’idéal de pauvreté ! -).

Voulant voir de près et en action -si je puis dire- toute la communauté monastique (nous vivions tout à fait séparés d’eux), je me suis rendu ce vendredi à l’office de 6.30 a.m.. Beau moment, simple et réflexif; la preuve qu’on peut être athée et apprécier sincérement ces moments singuliers de prière et de chants dans une communauté catholique.

Pour conclure ce billet rédigé en quelques minutes, que tout ceux que j’ai croisé à l’abbaye trouvent ici mes sincères salutations et le signe de la joie qui m’habite quand je repense à ces belles rencontres; particulièrement mes collègues étudiants les deux Frédéric et l’ami du Nord Arnold, “Monseigneur” Pirenne de Bertoua (Est-Cameroun), Toutou le louviérois exilé, Erik le slovaque théologien militaire, père Jacques, … (and many others)

juillet 20, 2008. Uncategorized. Laisser un commentaire.

Un peu comme un A.T. #1

J’arrive à Scourmont (Chimay) ce dimanche 13 juillet vers 18h30 après un agréable voyage en solitaire, passant en un peu plus d’une heure de ma région du Centre à l’autre bout de la province, dans cette bucolique botte du Hainaut.

Premières impressions en me perdant dans ces lieux inconnus : ici tout est beau et bien entretenu. Je me dis que tout cela est probablement l’oeuvre du travail des moines mais, je m’empresse également de me rappeler que l’on dit souvent que les abbayes bénéficient de généreux héritages de concitoyens fortunés. Dont, probablement, une part d’argent amassé en détruisant la nature et/ou en exploitant des frères humains, peut-être dans le cadre de ces colonies africaines si chères à nos grands-parents. Tout ce que je vois ici sous mes yeux serait-il l’émanation de ces actions néfastes que leurs auteurs ont voulu régulariser en versant une part de leurs gains à ce genre de monastère, pour gagner leur place dans ce que certains appellent le « paradis » ? C’est une question dont je laisserai la réponse définitive en suspens, tout en étant intimement convaincu de celle-ci. En quelque sorte, la porte reste ouverte, mais je suis déjà à l’intérieur.

En me faisant cette réflexion que d’aucuns parmi mes condisciples dans la place jugeront impertinente, je suis satisfait de devoir débourser l’importante somme de 20€ par journée pour gagner ma place dans ce paradis de l’étudiant; cette somme couvrant inévitablement les frais que ma présence engendre et me permettant par conséquent de ne pas devoir mon salut aux généreux donateurs de l’abbaye. Voilà qui calme quelque peu cette polémique.

A 19h, le frère hôtelier sonne la cloche (électronique !) , invitant la douzaine d’hôtes présents à venir manger pain, salade et fromages de l’abbaye tout en appréciant la délicieuse et célèbre bière locale.

Le silence est de mise à table. Une musique dite « classique » accompagne la scène. N’ayant rien d’autres à faire, j’observe discrètement mes six compères installés autour de la table. Je me demande pour chacun qui peut donc bien être cette personne, ce qu’elle fait dans la vie, et pourquoi elle est ici.

N’ayant que peu d’indices à ma disposition, je suis bien contraint de broder un profil pour chacun, de faire fonctionner mon imaginaire. C’est d’ailleurs ce qui m’a occupé pendant les quelques trente minutes du repas. Je craignais de m’embêter au cours de ce repas, ou bien d’avoir un de ces fou rire malvenus mais il n’en a rien été; j’ai vraiment apprécié ce moment à la fois solitaire et collectif.

Petite anecdote et détail important en même temps : j’apprends après le repas, toujours par l’intermédiaire du père hôtelier -la seule personne avec laquelle j’ai dialogué plus de vingt secondes jusqu’ici- que j’étais assis à côté d’un évèque (belge) en place au Cameroun. Le frère Jacques -duquel je m’attends bien sûr à ce qu’il sonne les mâtines, conformément à la célèbre chanson- me dit qu’il a étudié avec cet homme, envoyé depuis lors annoncer la bonne (?) nouvelle à nos frère et soeurs camerounais et ayant grimpé les échelons de la hiérarchie catholique locale.

Comme je refuse de considérer les choses comme des faits indiscutable, Je me suis demandé également demandé ce que je devais penser du fait de maintenir le silence à table. N’est-ce pas faire une croix sur d’intéressants échanges entre les hôtes de l’abbaye, parfois (souvent) venus d’horizons (très) différents ? Probablement mais, d’un autre côté, après m’être rendu compte que j’ai mangé sans le savoir à la même table qu’un haut dignitaire de l’Eglise camerounaise, je me dis que le maintien du silence est peut-être nécessaire pour permettre un égalitarisme entre les hôtes du monastère. Ici, pas de « qui êtes-vous ? » ou les traditionnels « que faites-vous dans la vie ? ». Ici, le jugement et la considération différenciée de l’autre (en fonction de sa fonction dans la société ou son origine sociale) ne semble pas être de mise et c’est quelque chôse que j’apprécie véritablement. Pour reprendre l’exemple de l’évêque camerounais, j’imagine déjà la manière dont d’autres hôtes de la table se seraient probablement adresser à lui s’ils avaient su qui il était , c’est-à-dire avec un respect particulier en l’appelant par exemple « Monseigneur ». Quant à moi, comme je le fais toujours, ne participant jamais aux appellations particulières réservés à certains privilégiés dans la société (si ce n’est par humour, ou par convention dans de rares cas), je l’aurais volontairement appellé « Monsieur » en m’adressant à lui avec le même respect que pour quiconque.

Déjà j’ai une idée pour ce monastère : on me dit que la musique diffusée lors des repas est sans surprise toujours « classique ». Si on me donnait voix au chapitre -ce dont je doute, sans en avoir d’ailleurs la prétention-, j’imposerais d’autres styles musicaux, soit basé sur l’expérimentation et la pureté sonore (certains types de musique électronique) soit basé sur le texte (par exemple du hip-hop francophone. Je pense à Soprano, Baloji, Bams et surtout Abd Al Malik…Tout ces artistes qui parlent du monde telle qu’elle est dans les grands centre urbains, à mille lieux de la sérénité et de la méditation parfois béates qui semblent régner ici en maître).

J’en ai touché un mot au père hôtelier en parlant de « musique moderne » mais cet homme (particulièrement sympathique et chaleureux au demeurant) a cru que je parlais de ce courant de la musique classique qu’on appelle la « musique moderne ». Décidément, ce style musical est bien présomptueux : il se dit « classique » et nomme sa branche datant de la première partie du siècle dernier « musique moderne »…

Quoi qu’il en soit, je rêve toujours d’imposer un autre style musical à table -je pense surtout à l’album « Gibraltar » d’Abd Al Malik d’une part pare qu’il est calme et d’autre part parce qu’il est relativement consensuel- et j’y vois une manière de jauger le conservatisme en vigueur en ces lieux.

Aussi, d’un point de vue symbolique, il serait quand même génial de faire écouter (religieusement) les lyrics d’un musulman par des catholiques convaincus.

Cela dit, je n’ai pas d’exemplaire de l’album en question ici et rien que pour cette basse question matérielle, je devrais peut-être envoyé mon projet aux oubliettes.

Et puis, je ne doute pas qu’une telle entorse à la tradition musicale de cette hotelerie monastique exigera une négociation digne de celles qui ont lieu au 16, rue de la Loi à Bruxelles et je ne suis pas sûr que j’ai ni le temps ni l’envie de cela. Je dois me rappeller que je suis avant tout ici pour étudier.

Autre petite anecdote : après le repas, je m’en vais déposer mon assiette et mes couverts au frère vaissellier qui est le seul moine negro africain que j’ai eu l’occasion de voir jusqu’à présent. Visiblement, même ici, ce sont les noirs qui s’occupent des tâches ingrates. C’est du beau, me dis-je, tout en croyant savoir que les moines s’échangent régulièrement les rôles dans l’abbaye. C’est donc peut-être un hasard du calendrier que ce moine noir s’occupe de la vaisselle en ce moment. Mais je vais vérifier l’information probablement auprès de mon ami le frère hôtelier.

Après cet agréable repas, je me vois désigné une coquette chambre d’où j’écris ces premières impressions.

juillet 14, 2008. Mots-clefs : . Uncategorized. Laisser un commentaire.